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Prendre la vie comme elle vient, parfois trop vite et trop fort, en essayant d'en rire

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Qui mange un oeuf a envie d'un boeuf

J'ai mangé à midi une tartelette au chocolat absolument divine au resto du ministère. Une bonne couche de fondant au chocolat de 1,5cm, composée certainement de chocolat (noir), sucre, crème/beurre, saupoudrée de noisettes grillées concassées. Petit et délicieux.

Après ça, comment est-ce possible de se dire que c'était une exception, une entorse à la règle? Comment éviter d'en manger tous les jours et pourquoi ?
C'est une violence quotidienne d'éviter ces gourmandises et chaque écart fait retomber dans une spirale : c'est trop bon, trop bête de s'en priver. Ce n'est même pas véritablement de la boulimie, une simple réintroduction de chocolat et de sucre durant quelques jours. Jamais un soda ou une pâtisserie industrielle. Et pourtant, au bout de quelques jours, mon ventre est enflé. Quand je suis assise, apparaît un bourrelet entre mon pantalon et mon nombril. Je suis à l'étroit dans mes vêtements, les miroirs me renvoient l'image d'une femme qui se relache, qui n'a même pas la décence d'être parfaite et qui est du coup très mal dans sa peau.

Il y a 2 ans, je suis descendue à 51kg et même moins. J'étais belle, j'étais forte et je me sentais très bien. En réalité, ce n'était peut-être pas exact, j'étais irritable, frileuse, anxieuse, je pleurais, j'étais souvent malade, mais ce nouveau corps me plaisait. Je pouvais m'habiller comm je souhaitais, tout m'allait, mon image dans le miroir me plaisait. Je ne ressentais plus la faim, ou seulement au bout de 24h, je maitrisais mon corps. C'était nouveau pour moi, et ça rendait cette joie d'autant plus importante. A l'adolescence, j'étais dodue, je mangeais trop, mal, je ne trouvais pas de solution. Les images de femmes parfaites m'entouraient comme elles nous entourent tous, au cinéma, dans les magazines, sur les abris-bus. Ces modèles maquillés, dont les photos et la lumières corrigent les défauts, retouchés à nouveau par outils numériques. Ces mannequins impossibles et pourtant bien réels. Comment puis-je me permettre cette peau irrégulière, ces coins de cellulite, ces quelques vergétures, ce pli sur mon ventre, alors que partout autour se pavanent ces êtres évidents, simplement parfaits ?

Hier, j'avais déjà mangé une tartelette aux mûres, un délice interdit, surtout en mars.
Avant hier, j'avais testé le capuccino de la machine à café. Très bon également, chaud et réconfortant. Si je ne m'étais pas laissée tenter, je n'y penserais même pas aujourd'hui. Oui, mais voilà, je l'ai fait.
Et plus je mange, plus j'ai envie de manger, plus je me laisse tenter. Un morceau de pain, un fruit, un carré de chocolat à 99%, un croissant offert par un collègue, et je commence à partir dans une spirale infernale.
Le plus simple et là où je me sens le mieux, c'est quand j'arrête tout à fait. C'est bien plus simple de se dire "rien" au lieu de "pas trop", difficilement mesurable, impossible à tenir. Et finalement, arrêter de manger n'est pas si difficile, moins d'hypoglycémie car le taux de sucre même bas est régulier. Je me sens légère comme un courant d'air, forte comme un chêne et au bout de quelques jours, à l'aise dans la concurrence avec les icônes de la perfection.
Puis la réalité sociale me rattrape, une fête de famille, un repas de service, une invitation à laquelle il est impossible de se soustraire. Et qui mange un oeuf a envie d'un boeuf. Le cercle recommence.

Dans la rue, les plus grosses que moi qui mangent un croissant, une barre au chocolat, boivent un soda me dégoûtent. Je les regarde avec mépris. Je ne me reconnais plus. Les plus fines m'éxaspèrent, j'aimerais connaître leur secret. Je deviens dingue ?

Il y a quelques temps, dès que je mangeais un aliment "gourmand", je pouvais en constater les effets dans le miroir. Silhouette moins fine, ventre moins lisse, cuisses et fesses plus grosses dans le quart d'heure suivant. Mais comme cela n'est pas  physiquement possible, comme je me rendais bien compte que cela est ridicule, cela a changé aujourd'hui. Je ne regrette mon laisser-aller que plus tard, les conséquences s'étant virtuellement décalées à 36h, plus biologiquement logique.
N'allez pas croire que je ne me rends pas compte que tout cela est inutile. Inutile mais plus fort que moi. Je ne trouve pas la sortie de ce cercle infernal.
Pour l'instant, je ne suis ni boulimique ni anorexique, mais je sens m'en rapprocher dangereusement avec ces symptômes de troubles alimentaires, d'obsession permanente. C'est con, mais c'est comme ça, je c'est que c'est nul, je sais qu'il ne faut pas. Et ensuite ?

1. Faire un régime pour revenir à 51kg
2. Quitter mon boulot et devenir diététicienne
3. Passer plus de temps avec mon amour
4. Arrêter d'y penser, arrêter d'y penser, arrêter d'y penser
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