Aujourd'hui, 5 à 7 maniaque, je me suis ruée hors du travail pour découvrir une grande surface bio que l'on m'a recommandée. Elle se trouve dans une zone commerciale immense, où les gens se rendent le samedi après-midi, se trouvant dans les bouchons à l'aller, mais aussi au retour. L'avantage du retour, c'est qu'ils sont plus calmes car ils se goinfrent de saloperies pleines de colorants qu'ils ont acheté chez Cona. Et ça, ça détend, un peu comme le bébé se calme dès qu'on lui met sa tétine dans la bouche. Bref, ça me paraît déjà bizarre pour un magasin biologique, mais passons.
En sortant de là, j'ai eu l'idée, lumineuse, d'aller, moi-aussi, faire un tour chez Cona, l'hyper-méga-grande-surface où l'on trouve de tout. En l'occurence, j'avais un but précis, acheter des habits pas trop chers pour les filles, car les enfants grandissent tellement vite qu'on est toujours en train d'acheter de nouveaux habits. C'est vrai, j'ai honte, je devrais plutôt acheter des habits chers, fabriqués en tissus nobles par des artisans français, aux 32 heures par semaine, payés 2000€ par mois (plus prime et 13ème mois) au lieu d'entretenir les entreprises d'enfants âges de 5 ans, travaillant 18h par jour pour trois grains de riz.... C'est vrai, j'ai honte, mais j'ai peur qu'acheter des habits chers me fasse stresser sur les accidents qui pourraient leur arriver (épinards, carottes, feutres indélébiles, éosine, javel, explosion en vélo...). Or, je refuse de stresser.
Et pourtant, ce petit détour chez Cona allait m'apporter pas mal de stress.
C'est grand, immense, plein de monde à l'air méchant, pressé, pas content. Les enfants que l'on a trainés là hurlent leur haine, leur faim, leur envie de courir et toucher à tout. Très sympa comme ambiance.
J'ai fourré dans mon sac des tonnes d'habits, pulls, pantalons, tshirts, jupes, robes, et je me suis laissée entrainée vers le rayon Chaussures. En fait, je n'ai plus rien à me mettre comme chaussures, alors bien sûr, j'ai regardé ce qu'il y avait. Quelque unes me plaisait, et j'ai essayé. En taille 38, la première était trop grande. J'essaie le 37 : trop petit... diable ! J'avise une autre paire : le 38, trop grand, le 37 trop serré.... c'est quoi cette blague ??? Troisième paire, pareil. Bon, là je l'ai prise car je les mettrai avec des chaussettes et les lacets tiendront bien le tout. Mais quand même, comment ses chaussures sont-elles fabriquées ????
J'attendais à la caisse quand un grand type est arrivé, l'air préoccupé, marchant d'un pas vif, la revue Men Health dans la main. Ce con parlait tout seul, d'un air entendu. A mieux regarder, il parlait à un interlocuteur inconnu dans son téléphone, mais on aurait vraiment cru un taré ! Je me suis dit que ce gars ferait mieux de rentrer en communication avec les gens autour de lui plutôt que parler tout seul là-au milieu comme un grand débile. En plus, il y avait là des nanas jolies, qui lisent Cosmopolitain pour y trouver les mêmes réponses que lui cherche dans Men Health : Comment être bon amant, comment faire des rencontres sur Internet, suis-je un bon coup, comment perdre mon ventre en 4 jours, pourquoi mon chien mange t-il mes chaussettes ? etc....
L'ambiance fin de civilisation commençait déjà me peser, j'étais contente de sortir de là. Mais arrivée aux portes tourniquet, il y avait un couple de vieux qui me bloquait le passage. Le papi avait peur de se retrouver coincé dans la porte, de ne pas avancer au bon rythme. Il semblait être atteint d'une maladie dégénérative lui ayant croqué le cerveau et une partie de la motricité. La mégère qui l'accompagnait le regardait d'un air navré en disant très fort "mais qu'est qu'il fait, où il va, il fait quoi là.....?" alors que le papi paniqué était collé au battant avant de la porte de peur d'être happé par le battant arrière. Méprisante, elle le poussa un bon coup en lui disant "t'as peur de quoi là, c'est pas vrai, tiens le caddy va ! C'est la dernière fois que je t'amène, la der des der, c'est sûr !". Je pense que le vieillard en décomposition lui avait gaché sa séance de courses chez Cona avec ses petits pas tremblottant, sa face à moitié paralysée sur une grimace de dément, son incapacité à s'exprimer avec autre chose que des grognements. Disons que leur histoire d'amour avait l'air assez loin, si toutefois elle avait un jour existé.
Pour finir, au retour, quand j'ai fait essayé le jean à ma fille, il s'est trouvé que celui-ci avait une taille adaptée à un enfant de 2 ans et des jambes prévues pour un enfant de 5... Décidément, si en plus les chinois fabriquent des habits qu'eux seuls peuvent mettre, on ne s'en sort plus !
Conclusion, la prochaine fois, je reste un peu plus tard au travail, ou je me programme un 5 à 7 avec l'homme de ma vie, mais pas ça, plus jamais ça....