Voilà, c'était le dernier jour de "On efface tout". Je suis arrivée au bout, j'ai atteint mon objectif.
Non, je ne fais pas 50kg.
Non, je n'ai pas arrêté de manger des gâteaux et des desserts.
Non, je n'ai pas arrêté de me facher quand les enfants font des bêtises.
Alors quoi ?
J'ai divorcé !
Mais soyez sans crainte, je ne vais pas vous laisser là, sur le bord du chemin, car si j'ai fini "On efface tout", je vais à présent entamer "On recommence". Super !
Bon, allez, je vous raconte quand même le divorce, pour le fun. C'est vrai que pour les mariages, il y a souvent plein d'invités et chacun a déjà assisté à un mariage. Par contre, pour le divorce, c'est rare que l'on convie sa famille, alors, ça reste mystérieux comme tout.
La salle d'attente ressemble un peu à celle d'un hôpital sauf que la déco est marron, et date des années 80. Elle n'est pas réservée aux couples qui divorcent, d'autres types de cas patientent également. Des immigrés, ex-immigrés, des pauvres gens à l'air égaré, des loubards à l'air louche, des tatoués à la gueule tordu, des qui grognent car ça dure longtemps.
Les couples qui divorcent ne sont pas assis ensemble. Souvent le premier arrivé est dans la salle d'attente, l'autre est dans le hall debout. Quand la greffière les appelle, ils avancent les deux comme s'ils ne se voyaient pas, fonçant droit sur la greffière, dans le bureau, sur la chaise, regardant droit devant. L'autre est méchant et n'existe plus.
Mon ex et moi étions assis à côté l'un de l'autre et nous discutions des enfants, de choses et d'autres quand notre avocate est arrivé pour nous rappeler comment se déroule l'audience. En gros, ça dure 3 minutes, et elle nous prévient que ça peut être choquant. Elle vérifie dans le même temps que nous n'avons pas changé d'avis. Ben non tiens !
Elle est habillée normalement, mais comme les autres avocats, elle porte par dessus ses habits une cape noire ridicule, ornée d'une écharpe noire terminée de bandes blanches à chaque bout. Déjà, c'est assez naze, mais en plus, les bandes blanches sont poilues (en fourrure de nounours éventré sûrement), et sales, grisatres. La justice, c'est un peu misérable vu de près.
Grâce à des couples absents, que la greffière appelle désespérément, et qui ne sont vraisemblablement pas là, nous passons à l'heure ! Inespéré apparemment.
Le bureau du juge, c'est assez rigolo et en même temps austère. Un peu comme une salle de classe pour les rendez-vous parents-profs. Quelques tables regroupées au milieu d'une salle, avec d'un côté la juge et la greffière et de l'autre côté 4 chaises. Un téléphone. Et les affaires de la juge et de sa complice en vrac sur une table, sacs à main, pulls. Au moins, mes impôts n'ont pas été dépensés à tord et à travers ici !
La juge, contrairement aux avocats, n'est pas déguisée en guignol. Elle est fringuée en rockeuse, Tshirt noir avec inscriptions rouges dans tous les sens, boucles d'oreilles énormes, cheveux bruns tendance rouges. La greffière est fringuée n'importe comment, comme on va faire ses courses chez Cora, transparente, Mme Toul'monde.
L'avocate leur parle avec déférence, comme si tous les hommes n'étaient pas égaux, comme si certains étaient supérieurs de par leurs pouvoirs, leurs fonctions, leurs caractéristiques propres. Bon, vu comme elle est habillée, elle doit se prendre au jeu. Elle a l'air un peu con, mais elle est sympa ceci-dit. Comme elle nous l'avait dit, la juge nous réexplique que nous allons sortir de son bureau divorcés, c'est -à-dire que nous ne serons plus mari et femme. Ouais, ça tombe bien, on venait pour ça hein !
Et puis on sort et voilà. C'est terminé, on peut arrêter de se faire la gueule, et peut-être que la prochaine fois, on se dira même bonjour... C'est vrai que c'est bizarre de se parler tranquillement, mais de ne pas se faire la bise, en murmurant "Bonjour" de loin. Maintenant, c'est fini, on reconstruit, la vie continue.