Tout à l'heure, dans la voiture et les embouteillages, je me suis sentie mal, seule. Les deux filles chantaient à l'arrière, commençant à chanter de plus en plus fort. Je me suis demandée comment j'arriverais à assurer la soirée, à ne pas m'énerver, à faire à manger, à les coucher calmement, tendrement, à leur dire tout l'amour que je ressens et à cacher ce mal être dont elles ne sont pas responsables.
Quand je suis rentrée, le vent a tourné. J'ai sorti mes légumes de la voiture, j'ai commencé à faire une soupe. Les poireaux revenant lentement au fond de la casserole commençaient à sentir bon. Mes filles étaient à côté de moi, sur la grand table de ferme qui est dans la cuisine. Elles faisaient des colliers de perle, tranquillement. De l'autre côté de la fenêtre, une douce soirée de printemps, derniers rayons de soleil, les jonquilles, les arbres avec les bourgeons, les fleurs de cerisier prêtes à éclore, des tas d'oiseaux sautillant partout en chantant. Et là, je me suis rendue compte à quel point j'étais bien, à quel point la vie était agréable et facile. Tout était comme je l'avais imaginé depuis plus de 10 ans, des enfants jouant calmement sur la grande table de chêne, un repas mijotant doucement, des chats ronronnant entre nos pieds.
Au repas, toujours cette sérénité entre nous trois, la soupe jugée délicieuse par les deux enfants, agréementée de pain dur et de comté râpé, efficace, évident et nourrissant. Raclée jusqu'à la dernière goutte. Les simples fraises au sucre appréciées vingt fois plus que les gâteaux d'anniversaires de la semaine passée. Happy day....